2° Partie Chapitre 5
CHAPITRE 5
LA PRIORITE DE L’ECRITURE. MAI V
En ce mois de mai, une sorte d’inertie pesante la retient de rédiger cette histoire. Estelle voudrait ne pas bouger afin de maintenir la merveilleuse harmonie à laquelle elle est parvenue. Lucidité ou lâcheté?
Son corps s’exprime : elle est toujours enrhumée. Tandis qu’elle ne pleure plus grâce à la stabilité émotionnelle acquise depuis sa découverte de l’élément central du puzzle, son « Symbole suprême », son nez ressemble souvent à une fontaine. Qu’est-ce qui pleure au fond d’elle?
Elle pleure son amour qui s’affronte au silence.
Elle pleure l’échec de sa mission.
Elle pleure l’impossibilité de partager ce qu’elle a vécu et surtout la découverte à laquelle elle est conviée.
Elle pleure son impuissance devant la tâche à accomplir, d’autant qu’elle ne la comprend toujours pas clairement.
Estelle dit avoir beaucoup moins d’intuition qu’avant cette aventure bien qu’elle se sente toujours soutenue, protégée dans sa vie quotidienne. Elle n’a plus de guide au sens directif du terme et elle tourne en rond sur cette question : que doit-elle faire? Ne pas s’y attacher et ne rien dire comme elle en éprouve le désir? Elle se rend compte que c’est impossible, ce serait de la lâcheté et le reniement de ce qui lui a été confié ou de ce qu’elle est devenue en vivant ces expériences.
Doit-elle s’atteler à l’écriture? Cela devient en effet un impératif incontournable mais comment et pour qui, dans quel but et sous quelle forme? Sa seule certitude à ce stade est qu’elle ne doit pas s’adresser à Mandro en particulier.
A la suite d’une rencontre avec une personne témoignant de la place de la foi dans sa vie et son activité, Estelle s’interroge sur la croyance en une présence divine à laquelle toute cette aventure l’a menée. Elle a trouvé le lien fondamental qui seul peut abolir la détresse de l’être confronté à son aspect de grain de sable prêt à être broyé à tout moment dans l’immensité d’un univers paraissant absurde et impitoyable.
Elle s’exprime longuement à ce sujet, pour elle le « péché originel » de séparation déterminerait en nous une façon de voir le monde pervertie : si nous sommes « rien » selon notre croyance, notre ego ne pouvant le supporter, nous désirons par contraste l’absolu, c’est-à-dire devenir comme des dieux (c’était la proposition du serpent tentateur) et surtout être maître de notre vie. Nous voulons être Dieu pour éviter de n’être qu’homme.
C’est bien sûr voué à l’échec, ainsi nous sommes confrontés à la souffrance de constater notre impuissance et soumis à la peur de n’être jamais assez performants, beaux, jeunes, aimés...
Pour accepter notre faiblesse, notre nature propre, il nous faut être relié à l’Absolu, au Très-Haut. Seul l’Etre suprême qui nous aime et nous accepte dans notre nature profonde tout en nous guidant vers lui, est le garant de notre capacité à accepter de n’être que ce que nous sommes et à accepter d’être en devenir jusqu’à notre dernier jour.
Notre idéal d’être parfait, autosuffisant et de ne dépendre de personne, est incompatible avec l’amour, du moins le véritable amour et non le désir amoureux d’appropriation de l’autre. Au contraire, découvrir notre juste place - reliée au divin formant l’axe vital au plus profond de nous - transforme profondément notre vision sur ce qui nous entoure et sur les événements de notre vie.
Nous découvrons la mesure de l’Homme appelé à se réaliser en suivant la juste voie de sa vie humble et vraie (et non les raccourcis trompeurs proposés par le tentateur, le « diviseur » selon le véritable sens du mot diable...)
La tentation de viser à l’absolu sans contestation possible contamine toutes les activités humaines et même les plus nobles d’entre elles. Ainsi le savoir scientifique dans son obsédante prétention à l’objectivité se coupe de l’immense potentialité non rationnelle de l’humain. A en croire justement les scientifiques, nous n’utilisons que dix pour cent de notre cerveau. C’est vrai si nous nous contentons de nos facultés rationnelles, objectives, logiques. Mais pourquoi notre société valorise-t-elle ces maigres capacités et dénigre-t-elle l’utilisation des autres pourtant indispensables pour donner sens à notre vie?
C’est aussi à chacun de faire le choix d’utiliser cette seule petite portion « sécurisante » selon les normes de la civilisation occidentale ou de s’aventurer sur le reste du territoire. C’est-à-dire oser sortir des sentiers battus et s’exposer personnellement en suivant la voie unique de son propre destin.
Plus nous nous engageons personnellement dans l’aventure de notre vie aussi peu exaltante soit-elle apparemment et ce, en nous mettant à l’écoute des sentiments les plus authentiques qui se manifestent au plus profond de nous (nous reliant alors à la dimension divine), plus nous sommes en phase avec la vie elle-même et avec l’autre en face de nous, plus nous sommes dans l’Amour. Ce processus favorise l’accomplissement d’une sexualité au sens total et sacré du terme, dans toutes les structures de l’être.
C’est plus facile à dire qu’à faire et cela demande une discipline, une confiance en l’orientation de nos vies dirigées sur et par le divin transcendant, (orientation signifiant littéralement se tourner vers l’orient, le soleil levant).
Absorbée par ses contraintes professionnelles et privées, Estelle ne parvient pas à faire de cette tâche la priorité absolue de sa vie. Aussi début juin, afin de retrouver un peu de dynamisme pour ce travail qui lui pèse tant, elle décide de retourner là où elle a ressenti pour la première fois la sensation de pénétrer dans « l’autre monde ». Elle s’y rend avec l’objectif d’essayer de comprendre son expérience selon toutes les dimensions même les plus mystérieuses, pour rester dans la vérité de ce qui lui est demandé.
Elle retrouve avec émotion la pierre près de l’arbre et de l’eau. Elle s’adosse à l’arbre et sent son énergie vitale l’envelopper comme s’il allait l’engloutir dans ses fibres palpitantes de vie. L’énergie monte dans ses pieds, le long de son corps devenu canal pour s’ouvrir en un flux à trois axes au-dessus de sa tête, ce qu’elle perçoit comme un symbole de prière. Elle est dans la verticale de la matière devenant lumière. Elle ne sait plus qui elle est selon sa petite personne, mais elle retrouve la grâce et la grandeur de celui qui lui a été révélé dans l’amour divin.
Si elle a vu la vie de Mandro selon le projet grandiose de son potentiel de Réalisation, désormais elle le voit avec les yeux du coeur et voit chaque être à sa ressemblance. Là où elle le cherche, c’est en fait elle qu’elle trouve, plus rien ne les sépare, ils sont indissolublement liés dans le royaume des âmes, le domaine du Très-Haut.
Quelques jours plus tard tandis qu’elle anime une formation, Estelle perd les clés de son bureau dans les toilettes. C’est un choc qui lui fait prendre conscience de l’étape actuelle de son évolution, la clé de son travail spirituel est dans les bas-fonds! Heureusement, l’eau est propre et la cuvette bien entretenue facilite la récupération!
Toujours enrhumée, elle est de plus en plus fatiguée ces derniers mois. Depuis la veille, elle a mal à la gorge; qu’est-ce qui ne veut pas passer? Qu’est-ce qui bloque, quelque chose à avaler ou à sortir? Elle sent bien qu’après avoir lutté pour que cette histoire s’arrête parce qu’elle la décape douloureusement en la confrontant à des limites sans cesse repoussées, puis après s’être abandonnée à son tourbillon si puissant et s’en être réjouie compte tenu de ce que tout cela lui a apporté, elle doit maintenant comme le lui recommande le Maître suprême faire l’effort de la porter à son juste niveau.
Sa vie en dépend, elle doit assumer pleinement en renonçant à juger selon des critères rationnels normatifs étouffants. Elle doit continuer à suivre la courbe dynamique de son évolution et faire ce qui doit être fait sans rien en attendre pour elle, ni reconnaissance ni même compréhension.
Elle sait trop bien que si, sans l’avoir vécue elle-même, quelqu’un lui avait raconté une semblable histoire, elle ne l’aurait pas cru. Nos références et valeurs collectives actuelles nous coupent de ce qui pourrait nous permettre de devenir des êtres tout à fait réalisés, « entiers ». Heureusement des personnes courageuses ou surtout appartenant à d’autres traditions ont témoigné de leurs expériences de cette possibilité.
Elle doit redescendre au fond des choses, retourner au « charbon », la clé est dans la mine, dans ce qui lui apparaît peut-être obscur, vil et sans intérêt en ce moment, mais recèle pourtant la vérité, sa vérité. Elle a commencé à souffrir de la gorge quand ayant vainement essayé de reprendre le fil de son récit, elle y avait renoncé jugeant que cela n’avait plus aucun intérêt pour personne y compris pour elle-même. Elle se rend compte que cette attitude est fausse, elle doit s’engager à fond dans ce travail aussi pénible soit-il, elle n’a pas d’autre choix.
Début juillet, sa vie est bousculée, surchargée malgré sa fatigue. Estelle n’a plus de temps pour elle et pense très peu à Mandro, ce qu’elle constate avec un certain plaisir. Elle continue pourtant à lui réserver des moments de prière, pour être fidèle à ses guides et à ses propres engagements.
Un soir, lors d’un moment très agréable en famille, elle a soudain une pensée insistante le concernant. Un instant elle croit même voir sa voiture garée devant chez eux, c’est une illusion qui la bouleverse mais elle essaie de l’oublier. Romuald est en grande forme, il s’efforce de rester mince et sportif. Ils s’entendent mieux que jamais, ils rient beaucoup ensemble et s’aiment tendrement. Or lors du dîner, Romuald lui annonce qu’il a vu Mandro et celui-ci pense leur proposer des affaires en rapport avec son nouvel emploi salarié.
Estelle est stupéfaite comme à chaque fois que cette résonance quasi physique des pensées de Mandro s’exprime en elle. Que faire? Que dire? Elle lui a promis de ne pas se manifester. Cependant si lui reprend contact? Comme toujours elle doit accepter, être disponible, à l’écoute pour le laisser décider par lui-même et à son rythme.
Elle est si différente maintenant de celle qu’il a emmenée à Toulouse, elle ne se reconnaît plus. En tout cas, elle est fermement décidée, à poursuivre la Mission, avec ou sans lui tout en se souvenant de ce qu’elle lui doit et de cette énigmatique sentence de son père : « S’il n’est pas le premier, il ne sera pas le suivant!».
Les vacances d’été sont calmes et lui permettent de se reposer, cependant la reprise du travail est difficile, les conditions se sont dégradées et elle doit faire face à une lourde charge. Elle s’épuise rapidement, perd son courage et son optimisme habituellement affiché devant son équipe même si elle continue vaillamment à assumer. Elle s’efforce malgré tout de garder le cap en attendant des jours meilleurs.
Fin Août, Estelle fait un rêve impressionnant, pour le comprendre elle assimile tous les protagonistes du rêve à des éléments d’elle-même. La part enfantine en elle (sa fille dans le rêve), a porté un très bel enfant mais trop gros, il n’a pas pu se développer jusqu’au terme. Il était le fruit d’un abus, le père est retourné en Italie. Elle entend à ce propos dans un jeu de mot : « il t’a liée ».
Dans le même temps la part adulte en elle, vivant en couple uni a adopté un bébé aux apparences de vieillard. Il est d’origine étrangère, plein de vitalité et dort dans l’obscurité. La lumière le réveille, il pleure puis se rendort en souriant seul dans le noir. Dans son rêve, l’adulte dit à la toute jeune fille : « Tu vois on se serait occupé tout pareil de ton bébé ».
Cette enfant a-t-elle été abusée par celui qui l’a liée (par un serment?) et lui a donné avant de partir un bébé occidental très beau, trop gros pour elle et non viable? Et quel est ce bébé, témoin d’une tradition ancienne, grandissant dans le noir?
PROJETS DE VIE. SEPTEMBRE V
A la rentrée de septembre, Estelle désire faire ce qui est juste selon la voie. Elle ne veut pas en faire trop en particulier pour Mandro, ni insuffisamment, cela lui semblerait d’une lâcheté insupportable. Et elle s’interroge, qu’a-t-elle fait de sa vie ces derniers temps?
Qu’a-t-elle compris de la Vie, de l’Amour et de la Mort au travers de cette expérience incroyable?
L’important et le plus difficile finalement étant de poser clairement les problèmes, elle parvient à formuler quelques réponses. Elle a appris à aimer l’homme qui lui a été révélé et à travers lui les humains témoins de cette essence d’Homme au potentiel de lumière. Elle a acquis des connaissances fabuleuses qui l’emmènent aux confins des capacités de l’esprit humain et la relie aux forces de l’univers. Et c’est déjà considérable!
Que doit-elle accomplir maintenant dans le cadre de sa mission? Ses guides lui demandent toujours de travailler à écrire cette histoire, c’est-à-dire la métaboliser puis la transmettre, (elle ne sait pas encore si elle doit la confier à Mandro seulement, à son entourage ou la publier). Les conditions de sa vie lui apparaissent maintenant comme un décor destiné à lui permettre de mener à bien sa Mission. Est-ce donc si important d’exprimer à sa manière ce qu’elle a reçu?
A mesure qu’elle progresse, elle découvre des témoignages en confirmant la validité. Cela ne lui appartient pas et rien n’est acquis, toute sa vie peut basculer d’un moment à l’autre. Rien n’est sûr, rien n’est permanent! Seul le changement est la règle en ce monde et si c’est simple de la reconnaître, c’est bien difficile de l’admettre vraiment et surtout d’y conformer sa façon de voir la vie.
A cette époque, plus Estelle accorde de priorité à la tâche de sa vie (dans sa dimension spirituelle), plus le reste s’accomplit facilement, sans heurt et comme par magie. Au contraire, quand elle se « reprend » comme elle est toujours tentée de le faire, c’est-à-dire lorsqu’elle laisse sa raison prendre le dessus et que ses obligations ou contraintes lui semblent prioritaires sur cette tâche spécifique, plus elles sont lourdes, compliquées et l’absorbent complètement sans pour autant la satisfaire.
Convaincue de l’importance du travail demandé avec insistance (et ne serait-ce que pour sa propre évolution), elle essaie de déterminer les conditions idéales qui lui permettraient de le mener à bien.
- N’avoir que ça à faire,
- Ne plus avoir le souci de gagner de l’argent (elle ne peut donc pas faire le choix d’arrêter de travailler pour réaliser cette « oeuvre »),
- Ne pas avoir de pression en terme de résultat, de temps.
Ce sont des conditions impossibles à remplir dans sa vie actuelle. Elle fait pourtant de son mieux en s’y consacrant souvent, même si elle admet comme le lui répètent ses guides que c’est insuffisant.
Dans le même temps, Estelle n’a pas envie de gaspiller son énergie pour un indifférent ou pour des gens qui bien évidemment ne l’attendent pas pour ces révélations. Ceux qui sont intéressés peuvent probablement bénéficier du même soutien et ceux qui ne s’y intéressent pas, comme Mandro à priori, ne vont sûrement pas évoluer grâce à son travail.
Aussi en ce début septembre, elle a plein de projets de formation, de développement professionnel et pour l’aider à les concrétiser elle s’inscrit à une prochaine formation prévue un mois plus tard.
Poursuivant ses recherches, Estelle fait de nouveau le rapprochement entre le Graal et le symbole secret de « chance » tibétain. Le symbole dont elle perçoit maintenant les contours est peut-être du même ordre? Elle demande à ses guides de l’aider à y voir plus clair.
Lors d’un moment de pause, elle se laisse saisir par un songe. Elle voit le « vieillard des origines », il a de longs cheveux blancs, une face d’ombre aux yeux brillants (comme des braises). Il lui dit d’une voix grave et profonde qu’elle se trompe. Ce qu’elle cherche n’est pas le symbole tibétain et il lui propose de regarder attentivement en changeant de niveau.
Elle voit une triple spirale émergeant d’une boule dorée qui trace une équerre, forme un carré puis un cube immobilisé sur la pointe d’une arête. Un pentagramme apparaît sur la face supérieure. Le sage insiste sur le cercle de la spirale, le cube et le « Y » des trois arêtes.
En terme d’énergie, la sphère immuable contenant tout en son sein engendre un dynamisme qui forme une triple spirale. Ramassée en un point, l’énergie en jaillit pour former une ligne puis un angle droit (une équerre). Quatre équerres dessinent l’esquisse d’un cube, faisant apparaître une figure en Y à partir d’une pointe du cube. Puis le pentagramme surimposé forme une étoile, c’est la voie du retour à l’unité, à ce stade l’énergie dans le corps de l’homme circule sous l’aspect d’une double boucle, comme un huit, symbole de l’infini quand ce signe est couché.
La Force originelle forme la matière en volume (selon trois dimensions), marquée du sceau de l’Etoile (Le cinq, l’Homme complet, l’androgyne harmonieux). La quadrature du cercle sur le plan énergétique génère le huit, ce huit serait-il le signe de l’activation de ce que les orientaux appellent l’orbite microcosmique (de l’homme)?
La vocation de l’Homme est-elle de découvrir (et utiliser) ce code, cette loi qui anime l’univers et gouverne de même la circulation énergétique de son corps? L’Homme accompli selon ce « programme », ramènerait la matière à sa nature originelle, (et c’est peut-être ce que certaines traditions appellent la « restauration » de la matière). Le cinq est le symbole de l’homme réalisé à l’issue de ce mystérieux travail, l’Homme-lumière qui peut alors entrer en communication avec le six, l’étoile du modèle universel de la Création porteur du sceau divin, pour devenir réellement un pont entre Ciel et Terre.
C’est sûrement à cette conception que se rattachait la notion de « pontife » aux origines, littéralement celui qui est ou fait le pont avec sa propre personne. C’est un superbe programme proposé à l’humain mais la route est bien difficile pour y parvenir et ne serait-ce déjà que pour l’entrevoir.
Estelle me donne des nouvelles fin septembre, elle doit partir quelques jours avec Romuald pour une petite escapade en amoureux dans le centre de la France. Je suis contente pour elle, car après un mois d’août épuisant et une rentrée marathon, je lui souhaite de se remettre en forme pendant ce court séjour. Depuis quelques mois déjà, elle est très fatiguée. Elle prévoit de ralentir son rythme, mais elle est piégée par l’enchaînement des activités du quotidien et un emploi du temps toujours bien rempli.
LA VIE BASCULE. OCTOBRE V
Hélas, ce court intermède de détente ne suffit pas, quelques jours après son retour, Estelle enchaîne des malaises qui la conduisent d’abord à l’hôpital puis en arrêt de travail de longue durée. Elle craint pour sa vie à brève échéance, elle est soudain très faible, obligée de se mettre au repos complet. Elle subit de nombreux examens et bilans médicaux, la cause de sa maladie semble complexe.
Elle n’a pas peur, ses rêves sont magnifiques, ses guides lui recommandent toujours de se consacrer à l’écriture. Elle s’y efforce donc malgré son immense fatigue, ne serait-ce que pour ne pas se laisser abattre psychologiquement par l’inquiétude. Elle se sent touchée en plein coeur et en effet son coeur manifeste son incapacité à maintenir une tension correcte.
Dans l’épreuve, bien qu’atteinte gravement, son être profond reste relié au divin par la grâce de son aventure récente. Elle fait confiance au destin qui s’exprime pourtant maintenant sous des apparences contraires, en conservant son amour. Et si la part raisonnable en elle s’interroge ou craint l’avenir, elle pressent qu’il existe un sens réel lourd d’une possible évolution propice à sa réalisation. Lors d’un malaise qui l’amène au bord de la perte de conscience, elle a soudain la vision du Symbole complet dans toute sa splendeur, se déployant en trois dimensions et en mouvement.
Peu après, elle découvre enfin le symbole caché au coeur de la tulipe : c’est à partir du trois manifesté, la révélation du six inscrit dans la création menant à la totalité symbolisée par le dix. Cela lui apparaît soudain très nettement contenu dans le coeur de la fleur tandis qu’elle l’avait vainement cherché pendant de longs mois. Elle évoque à ce propos la mystérieuse Tétraktys des Pythagoriciens sans m’en dire plus.
Au même moment, et elle est persuadée qu’il ne s’agit pas d’un hasard, elle découvre un livre sur la tradition hébraïque. Il confirme par des données sur la valeur géométrique du nom divin, la validité de son étonnante expérience de plongée dans le monde des symboles.
« Cherche la pierre », avait conseillé son père à Mandro par son intermédiaire! La pierre est le fondement et c’est aussi le cube lorsqu’à la fin de l’oeuvre, elle est taillée. De plus en hébreu le mot « pierre » est composée de deux mots : le père et le fils! La pierre serait aussi le symbole du lien des générations unissant le père et le fils, (un merveilleux cadeau du père pour son fils?).
Estelle est alors saisie de vertiges, ce qui somme toute n’a rien d’étonnant face à la perspective si bouleversante de recevoir par la voie intérieure la connaissance de symboles ancestraux dont elle n’avait aucune notion auparavant. Elle l’admet volontiers tout en disant qu’elle ne regrette rien et que si pour avoir découvert ces merveilles, elle doit mourir comme consumée par leur énergie fabuleuse, elle est prête.
D’autant qu’au moment où elle est la plus faible physiquement, elle reçoit intérieurement des enseignements d’un niveau supérieur couronnant ses interrogations au sujet des énigmes symboliques rencontrées au décours de son aventure. Elle n’avait pas encore réussi à les résoudre malgré ses recherches constantes. L’abaissement des barrières de sa conscience du fait de sa maladie active peut-être ses capacités intuitives et inconscientes et lui permet d’accéder à un nouveau savoir complétant celui qu’elle a déjà reçu.
Totalement lucide alors qu’elle se voit au bout de sa vie, Estelle tient à finaliser le nécessaire pour Mandro, ainsi il pourra continuer le parcours à son gré et recevoir ce qui lui était destiné. Par ailleurs, en attendant que son propre avenir se précise d’une manière ou d’une autre, elle poursuit le travail d’élaboration du récit de son aventure. Et surtout elle assume le travail de transformation du Verbe symbolique reçu, en langage assimilable afin de l’intégrer en profondeur, de le laisser agir en elle puis de l’exprimer.
Elle expérimente le véritable sens de la « connaissance », être transformé par ce savoir jusqu’à renaître différent. Elle comprend aussi le sens ancien du mot sacré, il fait référence aux rites antiques de divination dans les entrailles et c’est ce qui « prend aux tripes », ce qui se manifeste de façon authentique en agissant sur les niveaux les plus profonds de la conscience, sur l’inconscient et sur la chair, en fait sur l’intégralité de l’être. C’est aussi la fonction du symbole en tant que langage universel.
Selon ses guides, ce travail peut conduire vers l’Harmonie, antagoniste de l’Ennui d’après son expérience dans la « Cité d’Harmonie ». Elle prend enfin la mesure de sa tâche à l’heure où elle est si faible. Son inconscient animé par des forces supérieures lui a fourni un superbe matériau que sa conscience doit maintenant métaboliser et ce, jusqu’à la limite de ses forces.
Estelle examine aussi l’hypothèse que sa maladie soit liée à ce qu’elle vient de vivre pour Mandro. Peut-être est-ce une maladie initiatique, le moyen de vérifier ses structures, de la faire évoluer, changer de niveau?
Lors d’un nouveau malaise alors qu’elle croit mourir, le Maître suprême la rassure, en dépit des apparences, sa dernière heure n’est pas encore venue, elle doit avoir confiance. Son état est aussi un moyen de toucher d’autres personnes, d’agir d’une façon plus globale à travers elle.
Après ce malaise, elle est épuisée mais confiante et émerveillée par ce qu’elle vit sur le plan intérieur. En même temps, elle pleure sur son impuissance physique lui imposant de renoncer aux activités professionnelles qu’elle aimait tant.
D’après ses songes, Mandro va prochainement rencontrer Romuald qui doit l’informer de sa maladie. Tout en se demandant quel intérêt cela peut avoir pour lui, obéissante, elle se soumet à cette nouvelle demande et en informe Romuald. Respectueux de ce qu’elle vit sur ce plan, il accepte sans faire de commentaire. Selon son guide, elle ne doit rien faire de concret de sa propre initiative et se laisser agir. Tout est dans le « plan » et il n’arrive que ce qui doit arriver aussi cruel que cela puisse paraître de prime abord!
Lors d’un nouveau songe, Estelle est assurée qu’il y a « encore une vie à vivre », ce sera long mais l’évolution sera « globalement » favorable. Si elle a peine à y croire tellement elle se sent mal, elle a aussi appris que ses messages se vérifiaient parfois longtemps après.
Dès le lendemain, elle pense intensément à Mandro, elle sent qu’il traverse une épreuve, il est toujours confronté aux mêmes choix. Que va-t-il choisir la banalité ou la voie? Elle écrit :
Je dois « laisser faire » en moi, me laisser agir. Qui a réellement besoin de l’autre? Je sens que j’ai besoin de lui, même si concrètement je ne sais pas ce que je peux en attendre ni quoi faire face à lui. Je n’ai aucune fierté, aucune certitude, je suis toute petite, réduite à presque rien, j’ai besoin d’aide d’où qu’elle vienne. Pourtant malgré le désir immense que j’ai de le voir, de l’entendre, je dois obéir strictement, car nos destins sont liés d’une manière profonde et ma guérison éventuelle dépend étroitement de mon adhésion à la voie indiquée.
Le soir même confirmant de nouveau le lien subtil entre eux, Mandro téléphone sur un prétexte d’affaire. Les « antennes » d’Estelle fonctionnent bien et dans le naufrage actuel de ses capacités physiques, c’est au moins une certitude. A son avis, celles de Mandro fonctionnent aussi. En est-il conscient? Ressent-il ce lien fraternel entre eux? Elle en doute mais elle a fait tant de sacrifices en son nom que parvenue au terme probable de sa vie, elle accepte sereinement d’être la seule « liée » puisqu’elle est probablement la seule à en être consciente.
L’entretien sur un ton neutre, reste très professionnel. A son « comment allez-vous? » purement formel, elle répond « mal » et il enchaîne aussitôt. Ses guides lui ayant dit que l’information sur sa maladie doit venir de Romuald, elle n’insiste pas. Aussi au bord du malaise, elle lui demande calmement ce qu’elle peut faire pour lui. Elle l’assure pour conclure l’entretien qu’elle transmettra sa question à Romuald.
En raccrochant, Estelle se demande si elle ne rêve pas et elle sourit malgré son mal-être, heureuse d’avoir reçu ce signe, d’avoir entendu sa voix. Si sa vie s’arrête là, elle dit cependant merci pour tout, prête à partir avec le sentiment du devoir accompli jusqu’au bout. Si sa vie doit se poursuivre, elle est prête à la consacrer tout entière à la Mission révélée au décours de cette étonnante histoire et confirmée pendant cette épreuve qui lui fait frôler la mort. Pour lui, pour la mission confiée par rapport à lui, elle accepte son destin tout en sachant que même s’il faisait le choix de la voie, ce ne serait pas une partie de plaisir pour elle!
Epuisée après ce bref entretien avec Mandro, Estelle somnole. Elle a d’abord des visions horribles, heureusement elles passent très vite puis une spirale d’énergie l’emporte à grande vitesse. Soudain, elle est face à un petit personnage insignifiant, il se présente en tant que « maître du jeu » et lui désigne un écran où elle apparaît sous forme d’un petit point lumineux situé très loin de la Source de lumière. Il lui dit avec ironie qu’elle n’y arrivera jamais.
Compte tenu de son état actuel cela lui semble une évidence, elle n’a d’ailleurs jamais eu cet objectif d’autant qu’elle en ignorait même l’existence avant cette histoire. Elle ne joue pas, elle n’est pas dans son jeu.
Elle se retrouve alors dans une salle voûtée où rayonne le Symbole. Tandis qu’elle le contemple, il se disloque et disparaît dans une vive lumière. Elle retourne à la Lumière dans sa simplicité divine, là où se tient la Vérité. Elle y remarque une perle grise très brillante, la Perle, symbole de lumière.
Elle se réveille avec cette idée : cette perle est « la lumière dans le crâne » et le jeu est comme un voyage dans le labyrinthe de son cerveau jusqu’au « noeud » central. Il paraît que lorsque le chercheur, le quêteur a trouvé la perle, la tâche de sa vie est terminée. Est-elle parvenue au but, auquel cas en effet, il serait normal que sa vie s’arrête là?
Des légendes disent que la perle naît par l’effet de l’éclair, symbole de la fécondation céleste dans une coquille. Elle représente un centre mystique, terme de l’évolution, perfection de la transmutation aboutie. Sa quête fait appel à la science du « coeur », au centre de l’être illuminé. Que doit-elle comprendre, que lui est-il demandé à cette étape de sa vie?
Elle avait fait le don de sa vie sachant qu’elle pouvait la perdre en affrontant le danger couru par Mandro lors de ce voyage à Toulouse tandis qu’il était un étranger pour elle. En fait pour racheter sa vie, elle a d’abord donné son coeur (il lui a fallu apprendre l’amour sans condition) puis son esprit, au sens de sa raison, déjà en acceptant cette étrange communication avec Jil, puis son intelligence pour comprendre les messages transmis en s’y investissant au maximum de ses capacités et ressources.
Enfin pour écarter le danger physique, concret, de Mandro, il fallait payer le prix du sang ... avec son âme. Elle est maintenant transformée par la reconnaissance de cette fraternité entre leurs deux âmes, entre toutes les âmes et au-delà, par la rencontre du divin dans un amour indicible. Cependant elle n’avait pas encore saisi toute l’ampleur du phénomène, elle espérait pouvoir passer à autre chose, sans se préoccuper davantage de l’homme dont elle estimait désormais être « débarrassée » puisqu’elle avait fait tout ce qui lui avait été demandé pour lui.
Elle admet maintenant, terrassée par la maladie, qu’elle ne sera peut-être jamais « débarrassée » de cette histoire, c’est semble-t-il l’histoire centrale de sa vie qui par ailleurs se termine là selon toute vraisemblance.
Autrefois, on croyait que celui qui paye le prix du sang pour racheter la vie d’un être était alors « responsable » de son âme (puisqu’elle lui appartenait). Quel est le prix de l’âme? Est-ce son coeur qui est demandé, non plus le coeur sentimental mais le coeur même de son être sur l’axe corps, âme, esprit?
A ce propos, elle se souvient que méditer signifie selon l’étymologie « porter en son milieu », or sa maladie s’exprime en effet à ce niveau et en atteignant son coeur lui dérobe l’usage de son corps. Dans l’Arbre de vie de la Kabbale, cette région correspond à Tipheret, autrement nommée Beauté, Harmonie, Amour, Coeur...
La dernière nuit d’octobre, Estelle fait un « grand » rêve au cours duquel elle voit le Symbole sous forme tridimensionnelle et entend « la clé c’est l’Amour ». La Kabbale hébraïque le lui confirme, sous forme graphique les lettres composant le mot amour en hébreu dessinent un cube parfait...
LE COEUR DE L’ETRE. NOVEMBRE V
Courant novembre, son état ne s’améliore pas. Estelle me confie ses réflexions au fur et à mesure qu’elle prend conscience du sens possible de cette grave maladie.
- Quelque chose serre dans ma poitrine au niveau du coeur au moindre effort. J’ai peut-être pris trop à coeur toute cette histoire? Mon coeur soit tellement plein qu’il ne peux plus tout contenir, il se sent comprimé, à l’étroit dans ma petite personne si limitée. L’Amour trop grand pour moi m’étouffe? Mon coeur bat la chamade (pour qui? pour quoi?), puis épuisé fonctionne au ralenti. C’est trop pour mon pauvre organisme, il ne peut supporter cette intensité.
"Je suis montée si haut que j’ai le vertige, je ne sais plus où j’en suis. Et pourtant, comme fascinée par mon aventure, j’accepte pleinement les événements, même si je dois y perdre la vie. Auparavant lorsque j’allais mal, c’était paradoxalement pour m’aider à dépasser une résistance: si je souffre à cause de l’Amour, c’est que je n’aime pas assez! Comment aimer plus tandis que mon corps accuse le « coup » et est mis en faillite?
Je demande :
- Mais tu envisages une évolution favorable?
Estelle me rassure :
- Ce n’est pas encore fini, mes guides me le confirment bien que rationnellement je ne puisse y croire vu mon état. Leur perpective est même fabuleuse : respirer, marcher, manger, regarder, parler, monter jusqu’au point où tout est Amour. Je souhaite que chaque instant de ma vie soit effectivement empli de cet amour parfois éprouvé aujourd’hui.
- Que prévois-tu de faire?
Estelle répond :
- Je dois entendre l’histoire que j’ai vécue dans toutes ses subtilités, la laisser résonner en moi. D’où la nécessité désormais « vitale » d’écrire, de travailler pour l’intégrer vraiment dans le cadre de mes références et en faire le noyau de ma vie. M’en couper, la renier ou l’oublier, c’est mourir. J’en suis à deux doigts physiquement et je redoute encore bien plus la mort spirituelle.
Je dis :
- Qu’en est-il de Mandro maintenant?
Estelle soupire avant de répondre :
- J’ai ou j’avais une mission envers Mandro, je l’assumerai le temps nécessaire sans plus chercher à m’en « débarrasser », ce n’est pas à moi de décider de son terme. C’est intégré dans une mission plus vaste, mes guides me disent que je dois devenir lumière pour la transmettre, devenir canal d’énergie, je ne sais pas comment y parvenir de façon concrète mais telle est la perspective. Et c’est un paradoxe incroyable, totalement absurde alors que je suis justement vidée de toute énergie, à bout de forces en ce moment.
"En tout cas, pour rester dans l’axe de cette aventure fantastique sur le plan spirituel (le seul qui importe pour moi actuellement), je ne demande pas à être ailleurs que là où je suis, je ne cherche pas à avoir plus que ce que j’ai. Mon défi actuel est de renoncer à plus de savoir, plus de progression spirituelle et ... dire MERCI.
Je commente :
- C’est une perspective d’évolution en attendant la guérison.
Estelle poursuit :
- A ce propos, j’ai fait un songe où je voyais mon coeur sous forme d’un cube métallique rouge. Il n’était pas placé dans l’axe juste corps-coeur-âme-esprit relié à l’infini. Mon problème serait toujours dû à la mauvaise tension dans le câble, le fil qui les réunit. Quand on dit par boutade que le chemin le plus long est entre la tête et le coeur, ça donne une idée du travail!
Je précise :
- Quel est le rapport avec ta mission?
Estelle semble surprise et dit :
- Je me pose la question. Me suis-je entêtée dans une attitude inadaptée envers Mandro qui aurait tout faussé? Je le refusais, je ne voulais plus assumer ma mission envers lui. Cette lutte aurait provoqué un gaspillage d’énergie, un blocage qui aurait fait disjoncter le compteur énergétique déjà fragilisé depuis longtemps!
"Je dois maintenant laisser l’énergie circuler, accepter ce qui me vient du Très-Haut et ressentir son immense amour. Chacun de nous est libre et très aimé malgré les apparences parfois contraires (c’est le moins que l’on puisse dire pour moi en ce moment), chacun accomplit son destin et le message concernant la mère de Mandro l’évoquait déjà...
"Mon problème actuel est peut-être le moyen d’acquérir une capacité de lumière selon cette vocation de « femme-lumière » proposée par mes guides. C’est un ébranlement et une rectification des structures, un changement de régime et de fusible. La tension du câble doit maintenant s’ajuster pour supporter une nouvelle montée en puissance de l’énergie, une nouvelle progression de conscience.
Dès le lendemain, Romuald rencontre Mandro et l’informe de son état. Estelle ne sait toujours pas en quoi c’est important pour lui, cependant Romuald et elle ont obéi et cela seul lui importe.
AUTOUR DE LA POMME
Fin novembre, ses examens médicaux se poursuivent, ils ont mis en évidence une hypothyroïdie débutante. Estelle en a cherché le sens symbolique et malgré ses difficultés actuelles, elle en savoure le « sel ».
- Le jour de ma dernière rencontre avec Mandro, je devais lui parler de l’histoire de la pomme (sans bien sûr tout lui dévoiler. Selon son père, c’est une des clés permettant à Mandro d’entrer dans l’univers des symboles. Cependant les conditions imposées étaient si défavorables que j’ai abandonné en cours de route. J’avais apporté une pomme pour une « démonstration » concrète et puisqu’elle n’avait pas servi, je l’avais mangée. Elle me serait finalement restée en travers de la gorge!
"Nous nous sommes rencontrés en face de la Maison d’Adam et la pomme raconte l’histoire de l’archétype de l’homme, Adam. Or en fait la thyroïde (dont l’étymologie signifie « en forme de porte ») est au niveau de la pomme d’Adam. C’est surréaliste! Encore une porte passée avec de la casse, comme celle où je m’étais coincé les doigts parce que je n’avais alors pas compris l’importance du secret de la pomme.
Je demande :
- Quelle erreur aurais-tu commise lors de ce rendez-vous?
Estelle m’explique :
- J’ai renoncé à le convaincre ou du moins à lui expliquer. Sa liberté de refuser le message m’a paru plus importante que mon engagement à le lui transmettre. Pourtant ne pas délivrer ce qui lui était destiné avec insistance par son père et mes guides représentait un danger potentiel dont j’étais bien consciente. A chaque fois que j’avais refusé d’obéir auparavant j’avais été malade. Etait-ce en fait de la lâcheté de ma part?
J’essaie de comprendre :
- Et quel est le lien avec la thyroïde?
Estelle répond :
- La thyroïde se situe au niveau du centre d’énergie (chakra) de la gorge, centre d’expression de soi, elle reflète la façon dont nous nous situons dans le monde extérieur et notre capacité d’expression créatrice. Cette hypothyroïdie signe mon abandon face à l’impossibilité d’expression, puisque Mandro refuse de m’entendre. Du coup, ma flamme créatrice s’éteint, cédant la place à une attitude « d’à quoi bon ».
"J’ai en effet abandonné l’espoir de pouvoir parler de tout cela avec lui. Quant à en parler à quelqu’un d’autre ou à l’évoquer par écrit, je ne l’envisageais pas non plus, je me disais que c’était peut-être dangereux d’exposer à cette connaissance quelqu’un qui ne l’aurait pas expressément demandé. Par ailleurs je ne voulais pas prendre le risque de m’exprimer à ce sujet de peur de trahir ce que j’ai reçu, de le dénaturer ou de lui faire perdre sa valeur.
"D’après certaines traditions, la thyroïde est la porte entre l’Unité transcendante et son déploiement dans la dimension humaine. Elle secrète l’iode, on peut entendre le Yod, lettre hébraïque exprimant le mystère divin. Dans la structure de l’arbre juif des sephirot (qui sont en quelque sorte des centres d’énergie), symboliquement elle occupe la place de la séphira secrète Daath, la Connaissance.
Je demande :
- Que comptes-tu faire maintenant?
Estelle s’exclame :
- L’inverse! Favoriser l’expression de ce que j’ai reçu (c’est d’ailleurs la demande de mes guides depuis plusieurs mois et ce que j’ai tant de mal à faire!). Je dois surtout y croire plus que tout, d’autant que j’ai trouvé des confirmations de la valeur de ce trésor symbolique dans plusieurs sources d’origine différentes.
"De nombreux humains ont perdu leur vie, leur fortune pour acquérir ce qui m’a été accordé sur la voie du Service et de l’Amour. Et ce n’est pas parce que Mandro ne s’y intéresse pas ou refuse de m’écouter que cela n’a pas de valeur!
Finalement ce nouveau passage de porte difficile ouvre sur un autre niveau de conscience. Dans un cauchemar, j’avais rencontré le Doute sous forme d’un monstre contenant un potentiel de lumière qui me poussait à avancer. Il faut croire que je n’ai pas su affronter dignement l’adversaire et relever le défi!
"D’ailleurs Satan, « l’adversaire » selon l’étymologie d’origine en hébreu (il permet à l’être qui y est confronté de révéler sa vraie dimension), serait d’après les anciens, la capacité à douter de Yahvé, le Dieu judéo-chrétien. De même, dans la tradition persane, Ahriman serait né d’une pensée de doute du dieu de lumière Ormuzd.
Je la retrouve quelques jours plus tard. Estelle interroge ses guides pour mieux comprendre sa maladie sur laquelle pour l’instant, nul médecin ne peut lui donner de précision ni en terme de diagnostic ni en terme d’évolution possible.
- J’ai revu le Maître des lumières qui libéré poursuit sa progression, pour lui j’ai toujours une mission envers son fils et ce malgré l’état d’impuissance auquel je suis réduite. Pour le Maître suprême, ma maladie actuelle est une épreuve nécessaire, comme inscrite dans mon destin, elle n’est pas liée à une faute de ma part. La priorité est mon évolution spirituelle. Est-ce que ma maladie y contribue?
"Au pire moment, alors que je croyais mourir, j’ai eu la vision complète du Symbole, mais depuis cet instant fabuleux à chaque fois que j’essaie de le revoir, il est réduit en poussière et disparaît. Peut-être parce que je l’ai reçu au nom de Mandro et non pour moi.
Je demande :
- Cela ne concernerait que lui?
Estelle répond :
- Son père m’avait prévenu que je ne pourrais l’utiliser sans passer par Mandro. J’ai l’impression d’être au pied du mur du fait de son attitude de refus. Pourtant je veux croire de toutes mes forces qu’il existe un autre moyen pour m’en sortir plutôt que de passer par lui. Je préfère mourir plutôt que de lui forcer la main.
Je précise :
- Tu veux lui laisser l’initiative même dans ce contexte où il pourrait peut-être t’aider.
Estelle approuve et ajoute :
- D’après son père, s’il avait accepté le contact et suivi ses consignes, il aurait pu activer le symbole que nous aurions alors découvert ensemble. Pour moi je n’en suis pas si sûre, il est probablement trop tard. Répondre simplement à mes questions m’aurait déjà bien aidé et m’aiderait encore à progresser par moi-même sans l’engager par ailleurs. Ce n’est pas possible non plus, tant pis, j’abandonne.
Je réagis :
- Qu’est-ce que tu abandonnes?
Estelle dit avec une petite voix :
- La recherche du contact avec lui. Pour la voie, je poursuis tant que cela me sera possible selon l’enseignement de mes guides. Je ne l’oublie pas pour autant, je me suis assurée qu’il recevra au plus tard à mon décès ce que je peux lui transmettre de cette façon indirecte, sans contact ni demande de sa part. Je crois toujours en son potentiel et c’est ma mission.
Je demande :
- Tu parles d’un enseignement personnel?
Estelle confirme :
- Heureusement, le maître suprême le poursuit, ainsi il m’a expliqué en reprenant l’image de la pomme, les fonctions principales d’orientation de l’esprit que j’avais découvert sous la plume de Jung sans y prêter attention tant cela me semblait complexe et bien loin de mes problèmes actuels.
Je suis curieuse de savoir, je dis :
- Qu’as-tu compris?
Estelle rassemble son courage et se lance :
- Je ne sais très bien l’expliquer. En fait par les sensations liées aux cinq sens, je goûte la réalité perceptible, selon l’image de la pomme croquée, symbole du domaine de la Jouissance.
Par les sentiments (c’est beau, bon, utile) j’évalue ce fruit à l’image d’une tranche fine transparente et très esthétique, symbole du domaine de la Puissance en tant que force s’exprimant dans la matière créée.
"Par la pensée, la fonction intellectuelle, je découvre la nature rationnelle du fruit, son espèce, sa composition, c’est l’image de la pomme coupée en deux dans le sens vertical, symbole du domaine de la Possession (puisque par le savoir, je m’approprie le fruit et l’utilise à mon gré : jus, compote, pectine...).
"Enfin par l’intuition (le sixième sens), la pomme offre un autre sens, elle me met en relation avec l’inconscient, l’autre monde et c’est alors le symbole du domaine de la Connaissance. Je ne saisis pas l’intérêt concret de ces notions dans mon expérience actuelle mais c’est réellement fascinant.
Je commente :
- En effet, tes songes sont étonnants.
Estelle approuve :
- Oui et je garde espoir grâce à l’un d’entre eux. Dans ce songe, très fatiguée je regardais au loin une montagne surmontée d’une étoile à cinq branches et cet objectif m’apparaissait tout à fait inaccessible en raison de mon état de santé.
"Soudain un homme habillé de noir, masqué vient vers moi et me prend dans ses bras avec beaucoup d’énergie. Je me sens en sécurité contre lui et pour me sentir aussi bien, c’est sûrement Romuald. Il me conduit jusqu’au sommet et me dépose devant l’étoile contenant une forme humaine. Il enlève alors son masque, c’est en effet Romuald, il me dit :
- Voilà où tu voulais aller, vas-y. Je préfère que tu sois bien ici sans moi plutôt que mal en bas avec moi.
Il insiste pour que j’aille voir l’homme de l’étoile. J’y découvre Mandro, heureuse de le revoir. Après une brève discussion, nous sommes d’accord pour vivre notre histoire chacun de notre côté, avec nos conjoints et nos enfants. Le Maître suprême nous interrompt pour nous informer de nos perspectives d’évolution.
"Il me montre du doigt l’endroit représentant ma vie d’en bas, une vie « terre à terre », la maladie et les épreuves. De ce lieu paraissant obscur, noir dans tous les sens du terme, jaillit une source. Le Maître me dit : « De là-bas jaillira la vie et l’énergie, retournes-y et patiente ».
"Je vois la source s’élever de plus en plus haut jusqu’à la hauteur de l’étoile et je devine qu’en me plaçant en son centre, sa puissance m’élèvera.
L’EAU DE LA VIE
En écho à ce qu’elle vient de me confier je lui fais part de ce que dit M. L. Von Franz au sujet de l’eau « de la vie » dans les contes de fées :
C’est par les rêves qu’on peut atteindre le flot souterrain de la libido inconsciente et se rendre compte de la direction du courant afin d’y adapter notre mouvement conscient. Ce sentiment de vie persistera alors même si des événements pénibles se produisent. Au contraire une personne peut tout posséder matériellement, si le flot de vie l’a quittée, rien de tout cela ne la satisfera. Ce qu’on cherche en réalité est la source de vie et que l’énergie coule en nous.
« L’eau de vie » est l’image de l’expérience mystique, celle-ci étant l’expérience de la plus haute intensité vitale.
LE BUT VERITABLE EST DE SENTIR LA VIE COULER EN SOI DE TELLE SORTE QU’ELLE AIT UN SENS.
Début janvier, son état ne s’améliore pas, Estelle n’a aucune endurance et souffre de douleurs dans la poitrine au moindre effort. Elle est toujours très fatiguée, heureusement son moral reste bon. Maintenant elle comprend sa maladie et lui trouve un sens, ce qui l’aide considérablement à tenir et même à affronter ses épreuves personnelles ou familiales actuelles.
Elle me raconte ses derniers songes :
- Je demande au Maître suprême de préciser mon évolution et si ma vie va s’arrêter là, il me conduit dans un endroit sombre. Je me retrouve à l’intérieur de mon coeur, dans une salle immense aux murs irréguliers d’un rouge très foncé. Des bouts de fils noirs pendent sur les parois comme des fils électriques rompus.
"Lorsque je lui en demande la raison et ce que je dois faire pour remédier à cet état, les fils électriques d’alimentation du coeur se brisent un à un devant mes yeux. Le Maître m’emmène alors dans une grande salle de contrôle. Un immense panneau composé de milliers de petits écrans forme un portrait. De nombreux écrans sont éteints ce qui altère l’image formée et ne me permet pas de l’identifier, il me fait donc reculer au fond d’une mezzanine surplombant la salle de contrôle, je reconnais Mandro!
"L’ordre en cours d’exécution est la destruction de l’amour ressenti pour lui, afin d’anéantir son image en moi. En conséquence, cela retentit sur le coeur qui débranche ses circuits pour neutraliser les écrans produisant ce portrait. Que dois-je faire pour guérir? Probablement accepter, ranimer, exalter l’Amour en moi.
"Au réveil, je reconnais la sagesse de cette décision et j’y adhère. Une âme sauvée peut aider à la rédemption d’une autre âme même au coeur des ténèbres, tel est l’immense pouvoir de l’Amour. Il reflète Dieu, l’essence éternelle. Je ne peux pas aimer une abstraction, l’homme aimé est la voie.
"En trouvant le véritable amour, nous nous trouvons nous-mêmes; au contraire, renoncer à cet amour, c’est en fait nous perdre et donc perdre la relation au Très-Haut, le sens de notre existence et peut-être même la vie.
Dans un autre songe, j’ai retrouvé ce portrait fait de multiples écrans. Ils se rallumaient peu à peu et tandis que je contemplais ce spectacle porteur d’un immense d’espoir de guérison, un homme s’approchait et me faisait danser, c’était Mandro, son visage rayonnait au sens littéral du terme jusqu’à prendre l’aspect d’une tête d’or!
Estelle me parle aussi du message de la pomme, son Maître a complété son information :
- C’est plus clair pour moi au sujet des quatre fonctions de l’esprit dont nous disposons : les sensations, les sentiments, l’intellect, l’intuition, semblent appartenir à la dimension horizontale de notre vie. Les sensations sont en rapport avec ce que je pourrais appeler le Moi-corps (notre aspect animal, instinctif). Les sentiments le sont avec le Moi-coeur, les pensées avec le Moi-conscience (de soi), les intuitions avec le Moi-âme.
"L’intuition en nous reliant à l’inconscient, peut nous faire accéder à une autre fonction, la fonction symbolique, porte de la dimension verticale vers le Moi-esprit relié à l’Esprit. La fonction symbolique semble en effet, sous certaines conditions correspondant peut-être aux étapes de l’initiation, capable de relier ces différents Moi, de les unifier pour les élever à la rencontre de l’Esprit transcendant.
"C’est d’une certaine manière le sens du secret de la pomme vu en rêve, je devais le transmettre à Mandro pour qu’il entre lui aussi dans cette dimension verticale de sa vie selon l’axe reliant le très bas au très haut.
Et c’est probablement en rapport avec le royaume que je devais l’aider à retrouver selon les premiers rêves me parlant de lui.
Je précise :
- Tu veux parler de ceux qui ressemblaient à un conte?
Estelle confirme :
- Oui, mon rêve initial contenait déjà les éléments essentiels de cette aventure : je rencontrais un homme errant loin de son royaume, il en avait oublié l’existence du fait d’un « choc » probable qui lui avait aussi fait perdre son cheval (son instinct, sa capacité d’écouter son corps et son coeur?). Comme je l’aurais fait pour n’importe qui, j’acceptais de l’accompagner afin de ne pas l’abandonner et le chemin se révélait au fur et à mesure de notre avancée sans que j’en connaisse les étapes au préalable.
"Je lui étais totalement dévouée le temps du voyage, mais il n’y avait pas de dépendance affective entre nous. Hors de danger, il retrouvait sa demeure, sa place de roi (celle qu’il avait « oubliée » aussi), sa reine et ses sujets. Je le laissais dans cette joie, son univers n’étant pas le mien et je lui disais adieu discrètement me satisfaisant de le voir dans l’harmonie retrouvée de sa vie.
"Mon guide et maître tout au long de ces années (son père) quand je l’interrogeais autrefois sur ses raisons de me choisir pour aider son fils m’avait répondu que j’étais capable de m’investir totalement dans une telle histoire et que c’était mon destin. Cela me révoltait alors, aujourd’hui je l’admets tout à fait.
"Le jour venu, me disait-il, tout en l’aimant du véritable amour qui était l’essentiel de mon apprentissage (et en particulier le moyen de me permettre de recevoir les consignes pour le guider et le protéger), je serais capable de me retirer, de m’effacer discrètement.
Je demande :
- C’est le cas?
Estelle confirme :
- Je crois en effet qu’il est maintenant « arrivé », la maison est à lui et non à sa mère, il vit avec sa « reine », c’est d’ailleurs semble-t-il le sens du prénom de sa compagne et il a fondé une famille puisqu’il a un fils. Il a trouvé sa place professionnelle, celle dont j’avais eu le pressentiment tandis qu’il avait encore sa propre affaire, il a ainsi échappé aux conséquences de l’accident de Toulouse et de ses choix préalables, (correspondant tout à fait aux messages de danger reçus à son sujet).
"Si son objectif « matériel » semble donc bel et bien atteint, peut-être que l’objectif spirituel n’est pas le sien. J’étais probablement la seule concernée par cette dernière évolution qui par ailleurs était le moyen pour le guider à bon port. J’étais utilisée pour apprendre, découvrir pour lui (à sa place?) les étapes à parcourir, être « agie » à son profit. Mais l’histoire ne disait pas que lui s’y intéressait!
"Dans mon rêve initial, il était passif, le « chemin » nous guidait à travers moi. Et si j’ai reçu plus tard la vision éblouissante de son potentiel, c’était probablement pour me faire progresser jusqu’à l’état requis, celui de canal des influences mystérieuses à l’oeuvre dans cette aventure fabuleuse.
"J’ai pensé que cette histoire finirait par ma mort, seule façon d’être libérée ou conclusion logique pour être parvenue à ce niveau de conscience où mon organisme ne pouvait plus faire face! Mais j’ai peut-être un autre destin comme me l’indiquaient déjà mes premiers rêves : je « quittais » Mandro le laissant à son univers matériel harmonieux...
"Je peux le laisser dans sa nouvelle situation puisqu’il est apparemment sur la bonne voie (celle du six) et n’est plus menacé par le danger lié à Toulouse.
Je demande :
- Et pour toi?
Estelle réfléchit un peu avant de répondre :
- J’ai été bouleversée de fond en comble par cette aventure et je me suis aperçue avec stupeur que mon état actuel répond au contrat fait avec le Maître suprême. En effet j’étais d’accord pour reprendre (c’est-à-dire rédiger) l’histoire et suivre « la voie » pour mon propre compte. Or il me manquait du temps dans de bonnes conditions matérielles, cette maladie est peut-être la réponse : je suis très fatigable, écrire et lire sont les seules activités compatibles avec mon rythme de repos fréquent.
"Je n’ai plus la capacité physique de m’absorber dans toutes les activités qui me polarisaient auparavant me détournant de cet objectif. Par contre je parviens encore à faire de petites choses importantes pour mon bien-être et l’estime de moi-même. L’essentiel est ainsi préservé et paradoxalement ma Mission est même favorisée par ces nouvelles conditions de vie pourtant bien pénibles!
Estelle revient aussi sur les propos de Mandro concernant « l’ennui », lors de leur dernier entretien :
- J’ai vérifié l’étymologie d’ennuyer, c’est être un objet de haine et dans un sens ancien « être recru de fatigue ». J’ai déjà rencontré cette notion d’Ennui et son dangereux potentiel, je crois que c’était dans la « cité d’harmonie ». Il fallait y être en accord avec soi-même presque au sens musical du terme, écouter son propre être ou le « langage des oiseaux » symbolisant les influences spirituelles. L’ennui au contraire vient lorsque nous sommes centrés sur l’extérieur qui nous distrait et nous éloigne de nous-même. Comme quoi il fallait bien écouter comme me l’avaient recommandé mes guides!
GARDIEN ET SERVITEUR
Je reviens au concret de sa situation :
- Comment vois-tu l’évolution de cette histoire pour toi?
Estelle répond :
- Je laisse Mandro là où il en est, là où je devais l’accompagner, j’ai même obtenu son « merci » comme à la fin de mon rêve initial. Continuer sans lui est mon destin bien que l’Amour soit toujours en moi, à sa juste place maintenant. Je choisis de continuer à servir la voie, de m’y engager totalement.
"Je sais de toute façon pour en avoir payé le prix fort, qu’en essayant d’oublier tout cela, de le renier pour retrouver le banal, la vision ordinaire et les objectifs matérialistes de la vie, je perdrais ma vie dans tous les sens du terme. Je dois poursuivre, faire confiance au processus qui m’entraîne toujours plus loin hors des sentiers battus. Et surtout je dois finir de rédiger l’histoire, car ce travail m’en révèle l’aspect transcendant et la fabuleuse cohérence.
"Une chose est sûre, même en admettant que je sois « dérangée », je n’ai pas inventé une telle histoire. J’en aurai été bien incapable et je ne l’avais même pas comprise en la vivant! Je n’en ai probablement pas encore saisi toutes les implications qui pourtant orientent ma Mission et donc la vie qui me reste. Voilà pourquoi je dois poursuivre la voie spirituelle ouverte pour moi en reconnaissant sa valeur et le fait qu’elle est ma vraie vie, celle qui « coule de source ». Ce processus me mène vers ce que je suis vraiment, vers ce qu’il y a de plus authentique en moi. « Je serai qui je suis »?
"Finalement ce temps de « jachère », de profonde remise en question d’ordre vital puisque j’ai frôlé la mort, me conduit à cette conclusion. Dans cette perspective, cette maladie est bien une chance et non une calamité même si c’est un vrai travail de « changement de vision » de l’admettre. Je n’étais pas capable de modifier les conditions de ma vie de moi-même pour faire de la voie ma priorité, la maladie m’y conduit naturellement par ses aspects handicapants qui me maintiennent dans les rails en ne me laissant plus d’autre choix.
Je demande :
- En quoi cela consiste?
Estelle m’explique :
- Je dois libérer la parole, assumer l’histoire dans toutes ses dimensions, accueillir l’amour (sans restriction rationalisante ou surtout moralisante indignes à ce stade) afin qu’il prenne toute la place en moi et me rende l’ivresse de vivre. Je dois écrire, chercher, méditer, suivre la voie du Symbole révélé. J’en connais toute la valeur, il a le pouvoir de me guérir, de transformer ma vie d’une façon que je n’imagine même pas aujourd’hui. Mais je dois d’abord parcourir le chemin qui me ramène vers lui puisqu’en ce moment je ne parviens toujours pas à en stabiliser la vision.
Je dis :
- Tu sais comment procéder?
Estelle répond avec assurance :
- Dans un songe récent, le Maître suprême m’a dit : « Vis ta vie comme elle se présente. C’est le plus difficile et ta voie, n’en cherche pas d’autre ». La clé du lieu de rencontre humain-divin est l’aimé, elle donne accès au Symbole de lumière et d’harmonie, au centre de l’être.
"Tu vois, ma route est toute tracée, je n’ai plus qu’à la suivre en assumant ma vie comme elle est, en devenant entière, ombre et lumière, servante et partenaire. Ce n’est pas facile et je rencontrerai encore le Doute sur la route, mais je sais maintenant qu’il contient une forme lumineuse!
"En tout cas, je ne dois rien renier même si bien sûr je ne confonds pas le miroir, la personne réelle de Mandro et l’image divine reflétée par le miroir qui m’a révélé le potentiel de Réalisation humain, ce potentiel d’être de lumière auquel je suis désormais conviée moi aussi.
Je constate :
- C’est fascinant cette image de miroir associé à l’amour.
Estelle ajoute :
- En fait, en se regardant dans les yeux de l’autre, on se découvre bien sûr soi-même. Ce serait la capacité de l’autre à refléter une image correspondant à nos représentations intérieures et à notre « anima » ou « animus », qui ferait naître le sentiment d’amour. Et lorsque deux miroirs se reflètent parfaitement l’un en l’autre, ne font-ils pas naître des images imbriquées, centrées sur un point à l’infini au-delà du visible?
"Si le miroir de l’autre et notre propre capacité le permettent, l’amour est une voie de « connaissance de soi » irremplaçable, (et comme le dit la tradition déjà inscrite sur le fronton du temple antique de Delphes : de connaissance de l’univers et de Dieu). Cependant, si tu cherches à faire coïncider la réalité de la personne aimée avec l’image reçue dans le miroir de l’amour, le dérapage et même la déchirure ne sont pas loin.
Je reviens à sa propre vie :
- Et pour toi maintenant?
Estelle répond :
- Je cherche à comprendre dans mon être selon l’axe corps-coeur-âme-esprit, les lois de l’énergie humaine, depuis sa dimension vitale du « souffle » que j’ai failli rendre, jusqu’à sa dimension spirituelle reliée à l’énergie universelle. La réalité extérieure est en correspondance avec la réalité intérieure. L’Univers est en « nous », est « nous ». Ce n’est pas facile à dire et l’admettre profondément, définitivement exige un engagement total pour accéder au niveau de conscience correspondant. A ce niveau, nous pouvons regarder cette réalité en face, nous réveiller, entrer dans la vraie dimension de la vie.
"Je ne sais pas si j’en serais capable, j’ai déjà la chance d’y être appelée et de bénéficier, malgré les apparences défavorables de ma maladie, des conditions qui me permettent de m’y consacrer en priorité. Selon le Maître suprême, les conditions matérielles et relationnelles de ma vie ne sont qu’un décor, l’essentiel étant le travail auquel je dois me consacrer désormais.
Par la suite en effet, Estelle s’est tenue à cette ligne de conduite, ne se préoccupant plus de guérir à tout prix. Elle suivait les conseils de ses médecins sans s’arrêter aux étiquettes diagnostiques diverses et variées, parfois objectivement fausses qu’ils utilisaient. C’était encore plus pour se rassurer eux-mêmes que pour masquer leur ignorance face à sa maladie.
Elle a même découvert à cette occasion, la différence fondamentale entre les conceptions de la médecine moderne (traiter la maladie d’un patient) et la conception du Soin (prendre soin d’une personne malade). En tant que soignante, elle s’était interrogée à ce sujet, sans trouver de réponse totalement convaincante. Le médecin est formé pour établir des diagnostics et prescrire des traitements.
Si la maladie a une étiquette diagnostique claire et que le traitement marche, le système est satisfaisant pour tous. Dans le cas contraire, le patient court le risque, s’il n’est pas rejeté ouvertement, d’être classé sous un quelconque label psychiatrique ou « fonctionnel » : stratégie défensive devant l’énigme d’une personne souffrante en l’attente d’une réponse scientifique.
Peu de médecins s’intéressent à la personne, à son vécu de la maladie et à son bien-être lorsque la guérison n’est pas au rendez-vous. Cette démarche plus naturelle aux infirmier(e)s et autres soignants, semble pourtant correspondre à la notion de santé définie comme un état de bien-être et non une absence de maladie (définition de l’Organisation Mondiale de la Santé).
Estelle a bien sûr traversé des moments difficiles mais elle a tenu bon, toujours guidée par son Maître intérieur et soutenue par son entourage qui lui prodiguant amitié et amour. Le lien avec Philippe s’est renforcé dans l’épreuve, elle l’aime plus que jamais, il est vraiment « l’homme de sa vie ». Et si son amour pour lui l’avait conduit à lui proposer de reprendre sa liberté afin de ne pas avoir à assumer une femme malade, elle se réjouissait qu’il ait décliné son offre en l’assurant de son amour.
Aussi, quelques mois plus tard, je ne suis pas surprise qu’elle vienne me voir, son travail d’écriture est parvenu à son terme. Elle a reçu la consigne d’essayer de le publier et me demande de l’aider dans cette entreprise concrète. Elle a accepté de rester au plus près de ce qu’elle a vécu avec ses doutes, ses erreurs ou ses errements et aussi ses moments d’extase, d’illumination ou de confrontation à un irrationnel si peu accepté, voire ridiculisé en notre époque officiellement rationnelle.
Pour ses guides, c’est ainsi qu’elle doit offrir la Perle-témoin du chemin où brille la lumière pour ceux qui ont le courage de l’engagement nécessaire, du travail de décodage et bien sûr d’appropriation des étapes de la voie qui lui a été révélée.
Les symboles qui l’ont guidée appartiennent au patrimoine de l’humain en quête de la vraie dimension de sa conscience. Elle pense bien sûr en premier lieu, à Mandro puisqu’elle a fait ce parcours grâce à lui, pour lui, mais aussi à tous ceux qui, comme elle auparavant, cherchent sans savoir ni quoi ni où chercher.
Ce n’est pas un chemin facile et si l’objectif concerne chaque humain, les aléas du parcours sont individuels. Elle a reçu quelques clés pour ouvrir les passages facilitant la montée de conscience, elle les partage avec ceux qui acceptent de se mettre en route dans la dimension verticale de leur vie, vers le centre de l’être communiquant avec l’Etre, cet Esprit transcendant toutes nos limites pour nous guider vers la Lumière.
Il lui reste beaucoup de chemin à accomplir et beaucoup de travail. Telle est sa voie et si elle peut paraître rude, chaotique, voire absurde à ceux qui ne voient pas au-delà des apparences, elle veut penser à ceux qui y sont appelés comme elle. Ce qu’elle a vu et reçu est un fabuleux trésor paraissant vil et sans intérêt à ceux qui n’ont pas d’yeux pour voir et pas d’oreille pour entendre, mais il révélera toute sa splendeur à celui ou celle qui « suit la voie du coeur ».
En choisissant le service sur la voie de l’Amour, Estelle est gardienne de ce trésor découvert au nom d’un autre et elle doit maintenant, forte de cette vision parcourir le chemin par et pour elle-même. Cependant, bien consciente de ses limites, elle est désormais attentive à le veiller fidèlement en se mettant à son service, c’est finalement devenu sa raison de vivre et paradoxalement sa liberté.
N’est-ce pas aussi le destin du quêteur du Graal au coeur pur que d’en devenir le serviteur et le gardien ébloui selon la Tradition?